Blundetto

25 mai 2018

Slow Dance

Album par Blundetto paru chez Heavenly Sweetness le 25 mai 2018

Blundetto, c’est d’abord l’histoire d’un marmot que les voisins évitent de croiser dans l’escalier. Adolescent à Dijon dans les années 90, Max Guiguet est un sale gosse. Ses parents, courageux et persévérants, l’inscrivent tout de même en fac. Il passe d’avantage de temps derrière les micros de Radio Campus Dijon que dans les amphis. En 1998, il décide de « monter à la capitale » en espérant dénicher un stage dans une radio. « Les premiers mois à Paris, mes potes me manquent, mon groupe me manque. Je ne peux pas jouer de batterie car je partage un appartement minuscule où la moindre musique dérange les voisins. Donc j’achète une MPC 2000, un casque, et je commence à faire de la musique seul ». D’autant qu’il subit l’influence d’un guru, un autre « freaks » dans son genre, un hurluberlu des médias que la presse de gauche qualifie de génial mais dont les frasques sont loin de faire l’unanimité : Jean-François Bizot, le fondateur d’Actuel et de Nova, le recrute dans l’équipe de programmation de la radio. Il lui donne d’abord à gérer la discothèque de son asile musicale, une aubaine pour les beaux-arts en herbe. « Jeune imbécile que j’étais, je pensais déjà tout connaître de la vie et de la musique. Bizot, il en avait tellement dans la tronche, qu’il m’a vite fait redescendre sur terre. Avec lui, j’apprends ce qu’est la culture, au sens large. Il ne gardait pas le meilleur pour lui. C’était un type capable de prêter ses dix vinyles préférés au stagiaire qui travaille à la radio depuis une semaine. Je découvre le jazz mystique comme ça, toutes les scènes psychés aussi, et je me gave des 45 tours de reggae qu’il ramène souvent de Jamaïque.» Il y côtoie aussi les DJs Dee Nasty, Laurent Garnier, Gilles Peterson, DJ Gilb-R, Lord Zelko, et il commence à son tour à taquiner les platines du Pulp.

 

 

Puis il opère comme la moitié de Vista Le Vie, qui sort trois disques d’une électro très cinématique chez F.Com (dont l’album « A Futuristic Family Film » en 2005.) Au fil des années, le sale gosse prend du galon. Il s’installe bientôt dans le fauteuil de programmateur de la radio. Par ailleurs, il est sollicité sur divers projets et s’improvise par exemple «conseiller musical » pour Arnaud Desplechin sur le film « Un Conte De Noël » (7 nominations aux Césars). « Jérôme Caron alias Blackjoy me tombe dessus un soir, ambiance ultimatum ! » raconte Blundetto « Il me dit : « Ca suffit maintenant ! Tu as 80 morceaux en maquette, il faut aller au bout des choses. Tu en choisis 15, tu les termines, et on produit ton album ensemble. » Il m’incite aussi à alpaguer les artistes qui passent dans les locaux de Nova pour leur proposer des collaborations. » Voilà comment, sur ce premier album solo, le Budos Band, l’escouade cuivrée de l’écurie du label Daptones, se retrouvent à faire reluire leurs trompettes et trombones sur les titres « El Carretilla » et sur l’irrésistible « Mustang ». General Elektriks chante, joue quelques claviers bien funky, et le connecte avec d’autres trublions californiens comme Lateef The Truthspeaker, et même son idôle d’enfance Tommy Guerrero (« Ken Park »). Il rencontre Hindi Zahra avant même que la jeune chanteuse berbère ne signe chez Blue Note. Ils partagent une journée de studio au printemps 2009, donnant naissance à deux canevas reggae éthérés (« Voices » et « White Birds»). Il enfume même « Nautilus », le classique de Bob James, en ouverture du disque. Ce disque est une marmite d’épices soul-reggae en légère ébullition, crépitant de fines bulles émotionnelles. Blundetto s’y révèle en cuistot maniaque, s’interrogeant sur chaque détail et portant une attention précieuse à la texture de chaque ingrédient.