Juan Gómez - Uña y Carne

15 janvier 2019

Juan Gómez

Uña y Carne
Sortie le 8 février 2019
Label : Accords Croisés

Juan Gómez « Chicuelo » est sans conteste l’un des guitaristes les plus expérimentés et innovants du flamenco actuel. Accompagnateur des cantaores Miguel Poveda et Duquende, pièce centrale du projet Qawwali Flamenco et collaborateur régulier des plus grands danseurs, ce natif de Barcelone possède d’abord un soniquete (« swing ») unique, une sonorité très pure et un jeu moderne mêlant virtuosité et instinct mélodique. 11 ans après Diapasión, il présente Uña y carne, nouvel album luxuriant et débordant d’une passion inentamée pour le flamenco. « Uña y carne », ou le rapport fusionnel entre deux êtres inséparables, Chicuelo et sa guitare. Juan Gómez « Chicuelo » est né en 1968 à Barcelone, une ville de longue tradition flamenca du fait d’une forte immigration andalouse et d’Estrémadure.

Très jeune, il commence par le chant flamenco traditionnel avant même d’opter pour la guitare. D’où l’intensité de ses liens avec la jeune génération des « cantaores » catalans : il enregistre dès 1994 avec Mayte Martín (« Muy frágil »), puis accompagne régulièrement Duquende et Miguel Poveda pour lesquels il produit plusieurs albums. De quoi rassasier sa passion pour le cante : « C’est pourquoi il y a peu de chant dans mes disques… et parce que ce sont des disques de guitare ». Passionné de musique sous toutes ses formes, il collabore avec des musiciens de tous horizons, tels le chanteur pakistanais Faiz Ali Faiz pour « Qawwali Flamenco » (2013), Joan Albert Amargos et divers orchestres symphoniques pour les « Coplas del querer » et « Cante I Orquestra » de Miguel Poveda (2009) ou le pianiste de jazz Marco Mezquida (« Conexión », 2017) qui signe ici les arrangements de cordes de « Torre de la Miranda » : « Avec le recul, je m’aperçois que j’appréhende toutes ces expériences du point de vue d’un musicien flamenco.

Elles enrichissent mon vocabulaire harmonique, rythmique etc. selon un processus naturel, inconscient ». Chicuelo a également composé des musiques de scène pour des compagnies de danse contemporaine (« En el tiempo », pour « La Baraque », 2009 et surtout pour l’un des maîtres de la chorégraphie flamenca contemporaine, Israel Galván (entre autres pour « Lo Real », 2012). Ces multiples activités expliquent qu’avant « Uña y carne » il n’ait enregistré que deux disques sous son nom : « Complíces » (2000) et « Diapasión » (2007). Cette trilogie constitue une sorte d’anthologie des formes flamencas (« palos »), tant Chichuelo est soucieux de la variété de leurs programmes : « Pour « Uña y carne », j’ai composé sur quatre palos que je n’avais jamais abordés : sevillanas, guajira, tanguillos et rondeña. Les pièces de mes trois albums totalisent dix-sept palos différents. Comme j’avais déjà enregistré plusieurs bulerías de style traditionnel, j’ai conçu « Morena » et « Torre de la Miranda » de manière atypique, sans longs passages en rasgueados ni clichés usuels. J’essaye également d’avoir un style personnel, de n’imiter aucun des grands maîtres qui m’ont pourtant marqué et que je respecte profondément : par exemple, dans ma rondeña, il n’y a aucune citation directe ou implicite de la création de Ramón Montoya ».

On retrouve la même exigence dans la conception des arrangements : « J’utilise les orchestrations avec parcimonie, pour souligner une structure ou une mélodie, varier la couleur sonore ou introduire quelques chorus, duos ou jeux de questions-réponses – jamais à des fins commerciales. Quand je développe une pièce, je sens spontanément la nécessité d’un texte chanté (que j’écris moi-même), ou d’un violon, ou d’ une trompette… et je prévois l’espace nécessaire, toujours en étroite complicité avec mes partenaires ». C’est donc avant tout en tant que guitariste flamenco que Chicuelo compose, directement sur l’instrument : « J’improvise sur tel ou tel palo jusqu’à ce qu’un thème mélodique ou une séquence harmonique me séduisent. J’ y reviens ensuite inlassablement, en tentant divers développements. Mais là encore sans idées préconçues : l’inspiration du moment me mène par des chemins de traverse qui me surprennent souvent moi-même. Les mélodies que je crée semblent parfois douées d’une vie propre et me conduisent vers des lieux que je ne soupçonnais pas – des harmonisations, des modulations…

Mes doigts composent aussi de temps en temps à ma place, surtout pour le rythme auquel j’attache une importance primordiale. Finalement, c’est encore mon intuition qui me dit qu’une pièce est achevée et que je ne dois plus y toucher ».