Le génial • Ken Boothe

03 janvier 2018

Ken Boothe

Inna de Yard

Album par Ken Boothe paru chez Wagram Music - Chapter Two Records le 10 novembre 2017

Inna De Yard signifie « dans la cour » en argot jamaïcain. Depuis le début des années 2000, l’expression est aussi devenue un label qualitatif équivalant pour le reggae à une certification de culture bio. Chaque enregistrement de cette série, initiée par des producteurs français, est réalisé en extérieur, à l’arrière d’une maison de Kingston. Les musiciens accompagnent des chanteurs légendaires et jouent en direct devant un public restreint lors de performances conviviales et sincères. Cette fois, c’est Ken Boothe qui revisite quelques étapes de son impressionnante carrière qui, du ska au reggae roots en passant par le rocksteady, marqua en profondeur l’histoire des musiques de Jamaïque. De sa reprise du thème du Parrain signé Nino Rota, Speak Softly Love, à son premier tube sous son nom, Artibella, en passant par son adaptation très réussie du classique des Supremes, You Keep Me Hanging On, Ken Boothe prouve que sa voix n’a rien perdu de son pouvoir de séduction. Accompagné par les fines gâchettes habituelles du projet, dont le Français Fixi à l’accordéon et un chœur de haute volée réunissant notamment Kiddus I et Cedric Myton, le chanteur de charme groove, aguiche mais prouve aussi son adhésion en la mystique rasta à travers les morceaux Black Gold And Green et Rastaman Chant dans lesquels résonnent les percussions rituelles Nyabinghis. Une belle occasion de découvrir ou retrouver au meilleur de son expression une légende du reggae.

Source © BM / Qobuz

 

Ken Boothe est un chanteur de reggae jamaïcain, né à Kingston le 22 mars 1948.

Il débute sa carrière en 1963 auprès de Stranger Cole en formant le duo Stranger and Ken (mais il a déjà sorti un single auparavant: World's Fair). Les deux compères sortent entre 1963 et 1966 des singles devenus très rares comme Hush ou Artibella.

En 1966, il se lance en solo et enchaîne les tubes. Lorsque le rocksteady mute en reggae il rejoint l’équipe de Studio One, non sans avoir sorti un autre single en solo intitulé Feel Good. Il est alors dirigé par Clement 'Coxsone' Dodd. Ses premiers titres chez Studio 1 sont des reprises de standards de soul américains. Il fait preuve d’un tel mimétisme et de qualités vocales tellement impressionnantes qu’on le compare régulièrement à Wilson Pickett. Il faut dire que ses influences musicales viennent de la black musique des années 60 et de groupes tels que les Temptations ou d’artistes comme Otis Redding ou Mahalia Jackson. Il enregistre The Train Is coming en 1966, avec The Wailers dans les chœurs, The One I Love avec Tommy Mc Cook (1967). Il quitte Studio 1 au début des années 70 après avoir sorti son premier album en 1968: « Mr Rocksteady ».

C’est à partir de cette date qu’il travaille avec d’autres producteurs même s’il avait fait des infidélités à Sir Coxsone en enregistrant Say you en 1968. Parmi les plus célèbres citons Keith Hudson, Phil Pratt ou encore Leslie Kong avec qui il enregistre deux singles Freedom Street et Why Baby why. Dans la même période, il incorpore les Gaylads, un des groupes de roots reggae légendaire de l’époque, avec lequel il sort un album en 1971. C’est l’époque où il commence à travailler avec Lloyd Chambers, compositeur de génie, grâce auquel il devient une star internationale.

Son parcours prend un aspect international en 1972 avec la sortie de l’album Black, Gold and Green. En 1974, il sort Everything I Own, un tube en Angleterre qui fut repris par Boy George quinze ans plus tard. Suivent les disques à succès Let’s Get it On (1974), Blood Brothers (1975), Live Good (1978), Who Gets Your Love (1979), Show Case Vol 2 (1979), I'm Just a Man (1979), Reggae for Lovers (1980), Imagine (1986), Two of a Kind (1987), Don't You Know (1988) et Power of Love (1993). Ken Booth fut un peu plus discret par la suite, mais réapparut au fil des opportunités.

Le chanteur de reggae livre également de nombreuses compilations telles que The Best and the Rest (1994), Sings Hits From Studio 1 & More (1998), I & I & I (1999), Acclaimed (2000), You're No Good (2003) et Ain't That Loving You (2004). En 2005, paraît Live in Paris, son tout premier album live enregistré lors d'un concert au Cabaret Sauvage à Paris.

En 1995, une reprise de son titre de 1966 The train is coming qu’il interprète en duo avec Shaggy, sur l’album de ce dernier qui gagna le Grammy Award, le remet sur le devant de la scène. Ce même titre fut repris plus récemment par UB 40. En 1999 il reçoit le Reggae living legend Award. Cette même année il revient avec le titre Injustice.

Sur le même sujet