Le Larron - Un sale gosse qui maltraite la chanson autant qu'il l'adore

14 janvier 2019

Le Larron est un Amateur.

Un amateur de musique qu'il pratique avec passion et lenteur, en promeneur peu pressé d'arriver pour qui le voyage est plus important que la destination. Il savoure. Dix ans d'écoles de musique diverses, dix ans de groupes de rock et d'électro, puis dix ans à écrire, enregistrer et jouer pour les autres avant d'oser finalement prendre le micro, à un âge où la plupart des rockstars dorment déjà sous les pissenlits. D'assistant ingénieur du son à musicien de scène, de grands studios en maisons de disques, responsable de la machine à café ou de lancements d'albums, il a acquis patiemment les moyens de proposer et développer un univers artistique très personnel, en toute liberté, en toute indépendance.

Et l'indépendance ayant tous les défauts de la liberté, autant profiter de ses menus avantages ! Pour concevoir et enregistrer ce nouvel album, Le Larron a ainsi pu s'accorder un luxe rare : prendre le temps. En commençant par construire son propre studio, pour pouvoir expérimenter, se tromper et recommencer jusqu'à ce que la sauce prenne. Un piano solitaire, une guitare sexagénaire, un synthé au rebut, des batteries martyrisées se mêlant au vibrato d'une clarinette basse, la voix de Lisa Portelli, la flûte virtuose de François-Marie Moreau ou les guitares gémissantes de David Carroll, tels sont les ingrédients qu'il a malaxés pendant près de deux années pour parvenir à cet improbable mélange qui convoque autour de la table (de mixage) les esprits de The Roots et Tom Waits, Nino Ferrer ou Bowie, Arno, Dutronc, Grace Jones ou Isolee....

 Mais Le Larron est aussi amateur de mots. Comme un photographe, il sait que le point de vue est plus important que le sujet et s'attache à regarder le monde de travers, de trop près ou de trop bas, par le prisme étrange d'une lucidité crue, empreinte d'une poésie dérangeante, héritier en cela d'un Tim Burton ou des maîtres du roman noir qu'il affectionne tant. Déclaration d'amour répétée jusqu'à la nausée, rupture indifférente, supplique sadomasochiste ou renoncement, poésie politique et hymnes absurdes, Le Larron développe une écriture singulière déjà saluée par de nombreux prix.  Accents dub, tango pathétique, ballades étranges ou rock synthétique, cet album parcourt les influences et les expériences qui ont marqué le parcours de musicien du Larron. Mais la cohérence est là, la patte s'impose, une esthétique étrange mais très personnellle se dessine. Par le son bien sûr... Léché, ample, c'est Hubert Salou -ingénieur du son français auréolé d'un Grammy Award pour son travail avec Alpha Blondy- qui a réalisé le mixage de ces onze titres mêlant raideur toute numérique des boucles et chaleur analogique des guitares et synthés d'un autre âge, par l'écriture bien sûr, mais aussi et surtout par la voix. Cette voix qui a mis si longtemps à éclore. Une voix incarnée, directe, sans fioriture.

En bon amateur, Le Larron a le goût du travail bien fait. Bien fait pour lui. Bien fait pour nous.

Premier extrait :

Sans-Contrefaçon - Disco version

Chaque mois Le Larron reprend à sa sauce une chanson  écrite par ou pour une femme.

A suivre...