Arat Kilo – Danama : L’éthio-jazz et l’afro-groove en pleine révolution
Un son pour les fans d’éthio jazz futuriste, d’afro groove et de jazz fusion comme…
Mulatu Astatke, Akalé Wubé, The Souljazz Orchestra
Arat Kilo – Danama
Sortie le 7 mars 2025 chez Accords Croisés

Avec Danama, Arat Kilo livre un album puissant, politique et profondément vivant. Entre éthio jazz, afro groove, hip hop, soul et expérimentations de studio, le collectif parisien signe un disque dense, ouvert sur le monde et porté par une énergie de confiance, de résistance et de mouvement.
Arat Kilo – Danama : un afro jazz de combat, de métissage et de confiance
Danama signifie en bambara quelque chose comme digne de confiance. Et c’est bien cette idée que porte le cinquième album d’Arat Kilo : la confiance en soi, en l’autre, en la parole donnée, dans la force du collectif et dans la possibilité d’un avenir encore habitable. Dans une époque saturée de replis, de violences et d’écrans, le groupe choisit la circulation, le brassage et l’élan.
Depuis ses débuts, Arat Kilo s’est imposé comme l’une des formations les plus solides de l’éthio jazz en France. Mais avec Danama, le collectif ne se contente pas de prolonger une formule. Il la déplace, la densifie et lui donne une ampleur nouvelle, à la fois plus frontale, plus produite et plus ouverte à d’autres langages.
Un collectif élargi et une méthode de travail renouvelée
Déjà très présents sur les albums précédents, Mamani Keïta et Mike Ladd ne sont plus ici de simples invités. Ils deviennent pleinement membres du groupe, et cette intégration change beaucoup de choses. La voix puissante et mélodique de Mamani, tout comme le phrasé tendu, cultivé et très incarné de Mike Ladd, donnent au disque une profondeur humaine immédiate.
Arat Kilo a également changé sa manière d’enregistrer. Là où les albums précédents reposaient sur une captation plus directe, presque live, Danama passe davantage par des enregistrements par tandems, puis par un travail de production sonore plus poussé. Sound design, multipistes, effets, collages, textures et nouveaux instruments viennent enrichir la matière. On entend notamment des synthétiseurs plus sombres, une clarinette basse, une guitalélé ou encore un n’goni malien.
Entre tezeta, hip hop moderne et pulsations du monde
Ce nouveau fonctionnement permet au goût naturel du groupe pour la fusion de s’exprimer encore plus librement. Arat Kilo reste ancré dans la tezeta, cette gamme pentatonique mineure emblématique du jazz éthiopien, mais y greffe des influences venues d’ailleurs : jersey club, 2-step anglais, fanfares de La Nouvelle-Orléans, hip hop de laboratoire et groove contemporain.
Le résultat n’a rien d’un collage artificiel. Tout semble pensé pour faire dialoguer les héritages et les urgences du présent. L’album peut être lumineux, dansant, mélancolique ou frontal, parfois tout à la fois. On y sent autant l’amour du rythme que le poids de l’Histoire, autant l’envie de faire bouger les corps que celle de faire entendre des paroles fortes.
Un disque politique, habité et intensément humain
Les textes de Danama abordent des sujets lourds sans jamais écraser la musique. L’album parle d’hospitalité, d’espoir, d’acceptation de soi, mais aussi d’esclavage, de violences policières, de militarisme, d’aliénation au travail ou d’addiction aux écrans. C’est un disque où la pensée reste au centre, sans renoncer au souffle ni au groove.
Des titres comme Nbendia, Barala ou Calamity donnent envie d’avancer, de danser et de se rassembler. D’autres, comme Nahel, Kele ou Broken Tezeta, touchent par leur charge émotionnelle et leur gravité. L’ensemble forme un voyage dense, varié et profondément cohérent, où la confiance n’a rien d’un mot creux : elle devient une pratique musicale.
« Un disque pour tenir bon, danser ensemble, penser plus large et réapprendre à se faire confiance. »
– Radio Rempart
Arat Kilo – biographie express
Arat Kilo est un collectif parisien reconnu pour sa manière de faire dialoguer l’éthio jazz avec l’afro groove, le hip hop, la soul et d’autres formes de musiques métissées. Depuis plusieurs albums, le groupe développe une identité à la fois festive, exigeante et très ouverte sur les enjeux du monde contemporain.
Avec l’intégration pleine et entière de Mamani Keïta et Mike Ladd, Danama marque une nouvelle étape dans l’histoire du groupe. Plus produit, plus ample et encore plus habité par les voix, ce disque confirme la place singulière d’Arat Kilo dans le paysage musical actuel.
Titre par titre – repères
Nahel ouvre l’album comme un hommage bouleversé à Nahel Merzouk, entre douleur, colère sourde et appel à ne pas détourner les yeux.
Nbendia apporte un souffle plus chaleureux, presque solaire, autour de l’idée du lien, du confort d’être ensemble et de la joie simple d’une énergie collective.
Bang Rails frappe fort avec une course rythmique spectaculaire, tendue, ironique et très inventive.
Eternity ralentit le tempo pour faire émerger une ballade plus souple, entre soul, hip hop acoustique et désir d’un monde moins brutal.
Barala fonctionne comme un vrai missile dansant, drôle et critique, contre les injonctions à la productivité permanente.
Suntight, Danama, Dead Wood et Kele prolongent cette tension entre groove, conscience politique et profondeur émotionnelle.
Calamity appelle à sortir des écrans pour retrouver d’autres liens, plus physiques, plus vivants, plus humains.
Broken Tezeta referme l’album avec une émotion particulière, en forme d’hommage instrumental à Olivier Miconi, dit Bidou.
Texte source original crédité à Richard Gaitet dans le contenu fourni. Ici, la matière a été réorganisée pour s’intégrer au nouveau format Radio Rempart.
Le verdict Radio Rempart
Danama est un album riche, engagé et terriblement vivant. Arat Kilo y élargit encore son terrain de jeu sans perdre son identité. Un disque qui fait danser, réfléchir, vibrer et tenir debout, avec une vraie force de collectif et une belle intelligence de production.
