Flea – Honora, le premier grand détour solo vers le jazz
Un son pour les fans de jazz aventureux, de musiciens habités et d’échappées inattendues comme…
André 3000, Jeff Parker, Kamasi Washington, Miles Davis, Thelonious Monk
Flea – Honora
Sortie le 27 mars 2026 chez Nonesuch

Avec Honora, Flea dévoile une facette plus intérieure et bien moins attendue de son univers. Loin de l’énergie explosive des Red Hot Chili Peppers, il signe un disque solo guidé par la trompette, le goût du risque et une envie manifeste de revenir à quelque chose de plus ancien, de plus intime et de profondément personnel.
Flea – Honora : quand l’instinct du rock passe par la trompette et le jazz
Il y a quelques années, Flea a décidé de se lancer un défi très simple sur le papier, mais autrement plus exigeant dans les faits. Pendant la longue tournée des stades des Red Hot Chili Peppers, qui s’est étalée sur deux ans, le musicien s’est promis de travailler la trompette tous les jours, puis d’enregistrer un disque au terme de cette période, quel que soit le niveau atteint. Une manière assez belle de transformer le doute en discipline, puis la discipline en création.
À l’arrivée, ce pari donne Honora, le premier véritable album solo de sa carrière. Et surtout un disque qui ne ressemble presque en rien à ce qui a fait sa célébrité. On y retrouve pourtant quelque chose de très reconnaissable : cette façon qu’a Flea de jouer avec une intensité fébrile, une liberté instinctive et une présence presque physique dans chaque note. Simplement, cette fois, cette énergie ne passe plus d’abord par la basse, mais par le souffle.
Un retour vers l’enfance plus qu’une échappée de star
Ce qui rend Honora intéressant, c’est qu’il ne sonne ni comme une parenthèse décorative, ni comme un caprice de rock star venue se frotter au jazz pour le prestige. Flea ne semble pas ici chercher une légitimité extérieure. Il retourne plutôt vers une part ancienne de lui-même, vers cet instrument appris enfant sans jamais vraiment avoir eu l’impression d’en faire le tour. À 60 ans passés, ce choix a quelque chose de très direct : revenir à une émotion première et accepter d’y consacrer du temps.
Au fil de centaines de séances de travail, de longues heures passées avec Rickey Washington, légende du jazz de Los Angeles, et de rencontres avec une scène locale particulièrement aventureuse, Flea a peu à peu façonné un projet qui tient debout par lui-même. On sent d’ailleurs dans l’album moins la démonstration technique que le plaisir réel de jouer, de chercher, de s’avancer sans filet et d’assumer cette fragilité.
Un disque mûr, libre et porté par une vraie envie de son
Honora n’est pas un album uniforme, ni un exercice de style trop sage. C’est une collection de morceaux qui respirent, bifurquent, avancent parfois avec hésitation, puis trouvent leur axe dans le mouvement même. La cohérence du disque tient moins à une orthodoxie jazz qu’à l’excitation très palpable de Flea face à cette musique. Il y a là quelque chose de mature, de construit, mais jamais figé.
Ceux qui attendraient les débordements les plus exubérants du bassiste des Chili Peppers risquent d’être surpris. Ici, pas question de reproduire l’urgence funk-rock qui a rendu le personnage célèbre. En revanche, on retrouve bien sa singularité mélodique, ce côté imprévisible, nerveux, presque bancal en apparence, mais toujours tenu par une vraie intuition musicale. C’est justement ce qui empêche Honora de tomber dans le projet parallèle anecdotique.
Quand la trompette prolonge autrement le geste de bassiste
Depuis toujours, Flea possède une manière très personnelle de faire chanter les lignes mélodiques. Il suffit de repenser à certaines lignes de basse mythiques des RHCP pour mesurer à quel point son jeu a toujours échappé aux automatismes. Sur cet album, il transpose cet esprit à la trompette. Le résultat n’est pas celui d’un trompettiste académique, mais d’un musicien qui explore l’instrument avec son propre langage, en oscillant entre tension, souffle brut, dérapage contrôlé et éclats plus lyriques.
Sur un morceau comme Morning Cry, l’album laisse particulièrement entrevoir cette approche. Le titre s’ouvre dans une veine post-bop, puis se déplie en laissant de l’espace à Flea pour aller chercher les contours du morceau. D’abord prudent, presque en train de tester le sol sous ses pas, il finit par trouver un équilibre fascinant entre tonalité et échappée plus libre, porté notamment par la guitare de Jeff Parker. C’est là que Honora prend vraiment toute sa mesure : non pas comme un disque de reconversion, mais comme une musique qui accepte le trouble, l’air, l’accident et l’élan.
Plus qu’un simple détour, Honora ressemble donc à une mise à nu partielle. Flea s’y montre sous un jour différent, moins spectaculaire, mais pas moins intense. Et derrière cet album inattendu, il y a peut-être surtout une idée assez touchante : celle qu’un musicien mondialement connu peut encore choisir d’apprendre, de recommencer et de se mettre en danger pour retrouver quelque chose de vivant.
« Plus qu’un caprice de star, Honora ressemble à un vrai retour vers une part ancienne, intime et encore inachevée de Flea. »
– Radio Rempart
Pourquoi Honora intrigue autant
Ce disque surprend d’abord parce qu’il s’éloigne radicalement de l’image la plus connue de Flea. Mais il convainc surtout parce qu’il ne joue jamais la carte de l’exercice chic ou du détour opportuniste.
En choisissant la trompette, l’apprentissage patient et le dialogue avec des musiciens venus du jazz de Los Angeles, Flea signe un album plus vulnérable, plus risqué et finalement plus personnel qu’on aurait pu l’imaginer.
« Un album inattendu, libre et habité, où Flea remplace la démonstration par le souffle et le risque. »
Écouter Flea
Retrouve l’album Honora sur les différentes plateformes :
Le verdict Radio Rempart
Avec Honora, Flea ne cherche ni à rejouer les Red Hot Chili Peppers, ni à se fabriquer une nouvelle posture. Il suit simplement une intuition ancienne, travaille, recommence et finit par livrer un disque solo singulier, dense et étonnamment touchant. Un projet qui respire le plaisir de jouer autrement, et qui prouve qu’un grand musicien peut encore se réinventer en repartant presque de zéro.
